Compte rendu de la conférence « Paris-Téhéran, le grand dévoilement » Mercredi 28 mai 2026

2/6/2026
Société & Actualité

Dans le cadre du Centenaire de l’Association France-Israël, une conférence s’est tenue à Paris le 27 mai 2026, autour du livre « Paris-Téhéran, le grand dévoilement ».

Brillamment animée par Madame Renée Fregosi, philosophe et politologue, la conférence a réuni Messieurs Jean-Marie Montali, co-auteur, Armand Shahbazi, journaliste franco-iranien, et Matthieu Ghadiri, ancien agent infiltré. Emmanuel Razavi, Dans le cadre du Centenaire de l’Association France-Israël, une conférence s’est tenue à Paris le 27 mai 2026, autour du livre « Paris-Téhéran, le grand dévoilement ». 

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Brillamment animée par Madame Renée Fregosi, philosophe et politologue, la conférence a réuni Messieurs Jean-Marie Montali, co-auteur, Armand Shahbazi, journaliste franco-iranien, et Matthieu Ghadiri, ancien agent infiltré. Emmanuel Razavi, hospitalisé quelques jours auparavant, n’a malheureusement pas pu être présent et avait transmis ses excuses et ses regrets pour son absence de dernier moment.

Cette soirée a apporté un éclairage approfondi sur la République islamique d’Iran, son idéologie, ses réseaux d’influence, sa stratégie régionale et internationale, ainsi que sur les liens entretenus depuis plusieurs décennies entre certains milieux politiques, intellectuels et diplomatiques occidentaux et le régime iranien.

« Ce n’est pas une guerre entre l’Occident et l’Iran. C’est une confrontation entre deux visions du monde. »

Une réflexion centrale sur le langage et le silence complice

J.M. Montali dénonce un glissement sémantique progressif qui a contribué, depuis plusieurs décennies, à brouiller la compréhension du régime iranien et de ses actions.

Il dénonce notamment :

  • l’usage d’expressions ambiguës ou euphémisantes,
  • la difficulté persistante à qualifier de terroristes certaines organisations liées au régime,
  • et l’évolution du vocabulaire médiatique et politique autour de groupes armés soutenus par l’Iran.

« Nommer les choses obligerait à agir : 

voilà pourquoi certains refusent de les nommer. »

Une forme de « silence complice » de certains milieux intellectuels, universitaires, médiatiques ou politiques occidentaux, permet de minimiser ou de relativiser la nature du régime iranien au nom de considérations géopolitiques ou idéologiques. Selon Jean-Marie Montali, ce silence ne relève pas uniquement de l’ignorance, mais aussi d’un refus persistant de nommer clairement la réalité du régime iranien et de ses relais.

« Le silence complice permet au pire de durer. »

Ce silence s’est souvent construit autour d’une lecture idéologique héritée des années 1970, marquée par l’anti-impérialisme, la fascination révolutionnaire et le rejet de l’Occident et/ou d’Israël.

« Le glissement des mots finit toujours par modifier la perception morale des événements. »

Les Gardiens de la Révolution et les réseaux d’influence

Pour mieux faire comprendre le rôle des Gardiens de la révolution et de la force Al-Qods, J.M Montali présente cette organisation comme le véritable bras armé du régime, mais aussi comme une structure de nature à la fois idéologique, militaire et économique, de dimension internationale.

S’y mêlent 

  • le financement du terrorisme, notamment par le trafic de drogue et un blanchiment d’argent systématiquement organisé, ainsi que par la confiscation des biens des opposants politiques exécutés, emprisonnés ou en exil ; 
  • les cyberattaques et les prises d’otages ; 
  • ainsi que des opérations d’influence à l’étranger, par des agents parfaitement formés, capables d’utiliser les codes occidentaux pour développer des relais politiques, intellectuels et militants.

« La République islamique ne fonctionne pas seulement comme une dictature, mais bien aussi comme une mafia. »

Israël et l’idéologie du régime iranien

Pour Jean-Marie Montali, la lutte contre Israël est un élément structurant du projet politique du pouvoir iranien depuis 1979.

C’est ainsi que la République islamique instrumentalise la cause palestinienne, pour fédérer les mouvements islamistes et désigner Israël comme ennemi central de l’Occident.

« Israël est aujourd’hui en première ligne face à une idéologie totalitaire qui dépasse largement le Moyen-Orient. »

Le régime présente une vision du monde qui repose sur le combat « final » entre, d’une part, le Bien – évidemment incarné par la République islamique et ses alliés – et, d’autre part, le Mal, représenté par l’Occident, Israël et les démocraties libérales.

Cette vision apocalyptique est essentielle pour comprendre le paradigme particulier dans lequel se situe le régime.

Le patrimoine juif iranien et Cyrus

Le judaïsme tient une place particulière dans la civilisation perse, à cause des liens historiques anciens entre les deux peuples, résultant en un important patrimoine juif en Iran. Cyrus le Grand, qui a libéré les Juifs de leur déportation à Babylone, symbolise bien une tradition perse, faite de tolérance culturelle et religieuse, et une certaine idée de la liberté.

Ainsi, l’antisémitisme du régime ne reflète évidemment pas la pensée ancestrale de la société iranienne. D’ailleurs, de nombreux Iraniens évitent soigneusement de marcher sur les drapeaux israéliens et américains, qui sont peints au sol à cet effet dans certains espaces publics en Iran.

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La jeunesse iranienne et le rejet du régime

La jeunesse iranienne est très connectée, ouverte sur le monde et de plus en plus éloignée de l’idéologie révolutionnaire de 1979.

« L’immense majorité des Iraniens rejette aujourd’hui ce pouvoir. »

L’âge moyen de la population iranienne se situe autour de 34 ans : toute une génération aspire à davantage de libertés et d’ouverture. Beaucoup considèrent désormais le régime comme une « force d’occupation », coupée de la société iranienne.

Le temps long du régime iranien

A propos de la question du nucléaire iranien et de la stratégie du régime dans ce domaine, J.M Montali explique que les négociations menées depuis plusieurs décennies avec la République islamique ont constamment été accompagnées de dissimulation, de manipulation et de mensonges, notamment pour gagner du temps. La différence de temporalité est essentielle entre les démocraties occidentales et la République islamique.

« Eux ont le temps. Pas nous. »

Cette asymétrie temporelle constitue l’un des principaux avantages stratégiques du régime iranien face aux démocraties occidentales, qui, elles, sont soumises aux échéances électorales...

En synthèse

Cette conférence a permis de partager un éclairage approfondi sur la République islamique d’Iran, ses mécanismes idéologiques, ses réseaux d’influence et ses ambitions géopolitiques.

Les nombreux échanges ont permis de mieux comprendre la dimension intrinsèquement internationale du régime iranien, la place centrale de la guerre des récits et des stratégies d’influence, ainsi que le rejet croissant du pouvoir par une grande partie de la population.

Les intervenants ont rappelé l’importance du soutien constant à l’opposition démocratique iranienne, dans sa diversité, ainsi que de la vigilance face aux stratégies d’influence : notre passivité est la meilleure arme du régime des mollahs.

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